La nouvelle Loi sur la transplantation : un an après

PD Dr. Franz F. Immer, Directeur Swisstransplant

 

La nouvelle Loi sur la transplantation est entrée en vigueur au 1er juillet 2007. L’attribution précédemment orientée centre a de ce fait changé en attribution orientée patient

Les critères déterminants pour l’attribution des organes sont principalement, le degré d’urgence médicale, l’efficacité thérapeutique et le temps d’attente en liste. Cette modalité vise à éviter de défavoriser les personnes en liste et de par la prise en compte en temps opportun de l’urgence médicale, elle doit tendre à diminuer le taux de décès en liste. Un aspect à ne pas négliger, puisque l’année passée, 50 personnes sont mortes en liste d’attente.

Swisstransplant, via son service national d’attribution, est responsable d’allouer les organes et tissus, conformément à la Loi. Pendant cette première année, sous le régime de la nouvelle Loi, nous avons pu attribuer 327 organes de 95 donneurs décédés. Ceci correspond à une moyenne de 3,4 organes transplantés par donneur. Le Système Suisse d’Allocation d’Organes (SOAS), pièce maîtresse de la mise en pratique des critères d‘allocation définis dans la nouvelle Loi, a fait ses preuves, sans montrer de lacunes marquantes.

Si nous comparons les chiffres de l’activité de transplantation avant et après le 1er juillet 2007, il ressort clairement qu’un certain « déplacement » a eu lieu entre les centres, dans l’attribution des organes. Ceci s’explique en partie par l’abolition de l’ancien accord dit des « pay-backs » qui, d’une certaine manière, égalisait la répartition des organes entre les centres. Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi, le temps d’attente en liste a été pris en compte. Ceci a conduit à ce que les centres ayant peu de donneurs devaient compter avec des temps d‘attente plus long que les centres qui faisaient preuve d’une meilleure détection de donneur. En conséquence, sur la base des nouveaux algorythmes de l’allocation, les premiers sont initialement favorisés. Cet effet va rapidement s’atténuer, puisque les temps d’attente - un des critères de la nouvelle Loi – vont s’égaliser entre les différentes listes.

Les groupes de travail spécifiques à chaque organe, évaluent les effets des nouvelles modalités d’attribution, éditent des propositions d’amélioration des critères de répartition et les soumettent à l’OFSP pour approbation et intégration dans les textes de Loi. Cette possibilité a été utilisée par la plupart des groupes de travail. Les premiers ajustements seront intégrés cette année encore dans les textes de Lois. En cas de différend, précisément par exemple dans la question de l’urgence médicale, l’évaluation et la mise en liste d’un patient peut se faire par un groupe d’audit, constitué d’experts des centres de transplantations, lequel peut être contacté très rapidement et sans bureaucratie.

Cette transparence a, jusqu’à un certain degré, aussi amélioré la communication entre les centres et augmenté l’acceptation de la nouvelle Loi. Il est facile à comprendre que précisément ces mécanismes de corrections que j’ai évoqués au début, mais également les circonstances dans lesquelles un patient ayant le plus urgent besoin d’un organe (voir critères) et défini comme plus prioritaire, font que certains centres déplorent que les receveurs soient aujourd’hui plus „malades“ qu’avant. Ce qui peut aussi, selon l’organe, avoir des répercussions sur les suites post opératoires. La décision finale d’accepter ou non l’organe repose encore dans les mains des experts du centre du receveur. Lorsqu’une offre d’organe est déclinée par un centre, celui-ci doit indiquer dans le SOAS les raisons médicales spécifiques, liées soit au donneur ou au receveur. Un autre effet de la nouvelle Loi a engendré que plus d’organes sont transportés entre les centres. Avant le 1er juillet 2007, un bon tiers des organes restait dans le centre du donneur, après cette première année, ce n’est plus qu’un cinquième des organes qui ne doit pas être transporté. Par conséquent, les frais de transport ont généré un surcoût de 30 à 50%. La bonne logistique, de courtes distances et des coordinatrices locales et nationales engagées ont assuré ce surplus de transport, sans que Swisstransplant puisse observer d’augmentation significative des temps d’ischémie froide (temps entre l’explantation, l’implantation et la reperfusion de l’organe).

Concernant l’attribution des organes et de ce fait la collaboration entre Swisstransplant et les différents centre de transplantations au niveau des receveurs, la Loi a pu être mise en oeuvre sans problème majeur. Le déséquilibre qui s’est produit au niveau de la répartition des organes pendant les 12 premiers mois, en partie lié aux différences dans les temps d’attente, va de plus en plus s’amenuiser. Le système des groupes d’audit de Swisstransplant conduit à trouver des consensus parmi les centres et à les appliquer, tant pour les questions médicales que logistiques.

Avec 95 donneurs (12.2 donneurs/mio. d’habitants/an) pendant cette 1ère année 2007-2008, nous pouvons nous réjouir de retrouver des chiffres des années 2003 à 2005 et ainsi mettre un frein à la tendance à la baisse des dernières années. En 2006, 80 donneurs et 34 pendant le 1er semestre 2007. L’avenir nous dira dans quelle mesure cette tendance, amorcée avec la nouvelle Loi, va se poursuivre. Des mesures spécifiques de la nouvelle Loi nous ont permis d’organiser deux cours, un en allemand et un en français, pour les coordinateurs locaux de don dans le 1er semestre 2008. Le cours suivant est prévu en allemand en automne 2008. D’autres cours sont planifiés pour 2009. Cette amélioration des conditions de départ pour les hôpitaux ayant des soins intensifs, devrait avoir à moyen terme des répercussions positives sur le nombre de donneurs. Par ailleurs, la mise sur pied ou le renforcement de réseaux régionaux, offriront soutien et coordination pour les hôpitaux non transplanteurs, lors de don d’organes. Davantage d’engagement de la part des médecins des soins intensifs et des urgences ainsi qu’une collaboration plus étroite sous le toit de Swisstransplant, devrait à moyen terme renforcer encore les réseaux régionaux et améliorer la détection de donneurs potentiels. Il existe toujours une asymétrie entre les différents centres qu’il faut égaliser. Certaines régions comme St. Gall, Berne, Genève, le Valais et le Tessin ont eu ces 12 derniers mois plus de 20 donneurs par million d’habitants par an, ce qui est dans, voir supérieure à la moyenne européenne. Ces chiffres reflètent qu’il est possible d’atteindre le niveau de don des pays voisins ou même de les dépasser dans certaines régions.

On voit ainsi le potentiel de donneurs en Suisse ; si l’on extrapole ces chiffres à toute la Suisse, 150 donneurs par an deviennent réalistes. Cela réduirait les décès sur la liste d’attente et rendrait accessible une nouvelle vie et une nouvelle qualité de vie pour les plus de 900 personnes qui attendent aujourd’hui un organe.

Nous aimerions profiter de ce premier bilan pour remercier tous les acteurs impliqués et en particulier les donneurs, leurs proches et les soignants et médecins des hôpitaux qui les ont accompagnés et soutenus tout au long du processus du don d’organe.

 

Centre

Hôpital donneur

Janv – juin 2007 Juil – déc 2007 Janv – juin 2008
Bâle 2 5.9 % 3 6.4 % 1 2.1 %
Berne 5 14.7 % 8 17 % 15 31.3%
Genève 10 29.4 % 5 10.6 % 5 10.4 %
Lausanne 2 5.9 % 5 10.6 % 3 6.3%
St. Gall 6 17.6 % 5 10.6 % 7 15.6 %
Zürich 2 5.9 % 5 10.6 % 4 8.3 %
Aarau 1 2.9 % 3 6.4 %
Bâle (Bruderholz) 1 2.1 %
Coire 1 2.9 % 4 8.5 %
Kreuzlingen 1 2.2 %
St. Gall (Pédiatrie) 1 2.1 %
Sion 3 8.9 % 4 8.5 % 2 4.2 %
Lucerne (Hôp cant..) 3 6.4 % 1 2.1 %
Lucerne (Pédiatrie) 1 2.1 %
Zürich (Triemli) 1 2.1 %
Lugano 2 5.9 % 1 2.2 % 5 10.4 %
Locarno 1 2.1 %
TOTAL 34 100 % 47 100 % 48 100 %

 

 

Donneurs pmp régions suisses

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