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Le consentement présumé au sens large pour soulager les proches

Quels sont selon vous les arguments en faveur du consentement présumé au sens large ?
Le principal argument en faveur du consentement présumé au sens large est qu’il permettrait de soulager les proches d’une personne décédée en ce qui concerne la décision relative au don d’organes. Un deuxième argument est que le changement de système peut avoir un impact sur le nombre de dons. Le principal argument est cependant dans tous les cas le soulagement des proches dans leur décision pour ou contre un don d’organes. Je pense que dans ces moments difficiles, où la volonté du patient n’est pas connue, les proches seront soulagés par le consentement présumé au sens large. De fait, ils sauraient que la personne décédée ne s’était pas activement opposée et que l’on peut donc supposer qu’elle était pour – ou du moins qu’elle n’était pas contre – le don d’organes. 

Quelle est l’acceptation du consentement présumé au sens large au sein des unités de soins intensifs de votre réseau ?    
Comme moi, la plupart des spécialistes pensent que les proches seraient soulagés, et sont favorables au consentement présumé au sens large. Des enquêtes montrent que l’acceptation de base du don d’organes est élevée dans la population suisse. La majorité opterait pour le don d’organes. Cependant, comme les proches ne veulent souvent pas atteindre à l’intégrité physique de la personne décédée, ils décident finalement de refuser le don d’organes. La majorité des spécialistes que je connais voient le changement de système de manière pragmatique, et sont d’avis que le consentement présumé au sens large serait une étape judicieuse. Une minorité de spécialistes perçoit un conflit éthique. Ils ressentent le consentement présumé au sens large comme une atteinte à l’autodétermination d’une personne, même si le consentement présumé au sens large implique l’interrogation des proches quant à la volonté du patient. 

Quelles modifications concrètes apporterait l’introduction du consentement présumé au sens large à votre quotidien et à celui de vos collègues ?
Les procédures des unités de soins intensifs et le processus du don d’organes resteraient inchangés. Seule la situation d’entretien avec les proches, ou plutôt la façon de leur parler changerait. Les entretiens seraient menés d’un point de vue différent : les proches n’auraient plus à prendre une décision difficile au nom d’une autre personne. La question d’une éventuelle objection au don d’organes serait dès lors levée, mais les procédures au sein de l’unité de soins intensifs n’en seraient pas modifiées.

Quelle influence l’introduction du consentement présumé au sens large aurait-elle sur les ressources des unités de soins intensifs ?

L’introduction du consentement présumé au sens large n’aurait aucun impact sur les ressources des unités de soins intensifs. Les processus resteraient les mêmes. Si le nombre de donneurs augmente suite à l’introduction du consentement présumé au sens large, les ressources des unités de soins intensifs et du domaine du don d’organes suisse devront être adaptées.

Quel message en faveur du consentement présumé au sens large voudriez-vous faire passer à nos lectrices et à nos lecteurs ?
Dans tous les entretiens sur le don d’organes, je trouve le processus de décision extrêmement difficile et inutilement lourd pour les proches. Je considère le consentement présumé au sens large comme une voie pour sortir de ce dilemme, qu’il convient en tout cas de poursuivre. Pour moi, le principal n’est pas le nombre de donneurs, mais la possibilité pour les proches de ne plus devoir décider pour une personne décédée. L’augmentation du nombre de donneurs serait un effet secondaire positif.