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La société a besoin d’une certaine pression

Quels sont selon vous les arguments en faveur du consentement présumé au sens large ?
Je pense que le problème est lié au fait que de nos jours, la plupart des gens ne parlent pas de don d’organes, mais que notre société considère pourtant la transplantation d’organes comme normale, d’une certaine manière. Un argument en faveur du consentement présumé au sens large est que la pression exercée sur la société pour qu’elle se penche sur le thème du don d’organes augmente quelque peu. Pour les proches, il est désagréable de devoir prendre des décisions allant dans le sens de la volonté d’une personne décédée. En réalité, chacun devrait se pencher pour soi-même sur la question. Je pense qu’avec le consentement présumé au sens large, plus de personnes décideraient de leur vivant en faveur ou contre le don d’organes.

Quelle est l’acceptation du consentement présumé au sens large au sein des unités de soins intensifs de votre réseau ?   
L’année dernière, au printemps 2019, j’ai posé la question à des intensivistes du réseau de don d’organes Suisse Centre. La majorité saluait l’introduction d’un consentement présumé. Au total, 68 pour cent des personnes interrogées répondaient par « Oui » à la déclaration « Je soutiendrais l’introduction du consentement présumé en Suisse », 23 pour cent par « Non » et 9 pour cent se disaient indécises. 98 intensivistes ont participé à l’enquête, des médecins assistants aux médecins-chefs, soit environ 40 à 50 pour cent de tous les intensivistes du réseau de don d’organes Suisse Centre. L’acceptation du consentement présumé au sens large dans les unités de soins intensifs est donc relativement bonne. Je pense que les spécialistes sont également conscients que la modification du système ne changerait rien à la procédure explicite de don d’organes. Un entretien avec les proches sera mené tant dans le cas du consentement explicite au sens large, que du consentement présumé au sens large. Le sens de l’expression « au sens large » est toujours d’impliquer les proches. 
 
Quelles modifications concrètes apporterait l’introduction du consentement présumé au sens large à votre quotidien et à celui de vos collègues ?
Comme nous l’avons déjà mentionné : en fait, cela ne changerait pas grand-chose. Nous continuerions de toute façon à essayer de contacter les proches, car la personne décédée n’est plus en mesure de communiquer. Le projet de loi fédérale relatif au consentement présumé au sens large prévoit l’autorisation automatique du prélèvement d’organes si aucun proche parent ne peut être joint dans un délai déterminé. Toutefois, cela ne s’appliquerait que si la personne décédée, sans proches, n’a pas documenté sa décision, par exemple dans le Registre national du don d’organes. Ce fait pourrait certainement exercer une certaine pression sur la société. Selon moi, nous devons nous demander s’il est raisonnable d’augmenter ou non la pression sur la société pour qu’elle aborde la question du don d’organes. D’un point de vue juridique, toute personne en Suisse a droit à un organe. La loi interdit toute discrimination. Nous savons également que la plupart des gens acceptent un organe lorsque la transplantation est une option thérapeutique. Je pense donc qu’il est justifié qu’une légère pression soit effectivement exercée en termes de don d’organes, afin que chacun se penche de son vivant sur la question.

Quelle influence l’introduction du consentement présumé au sens large aurait-elle sur les ressources des unités de soins intensifs ?
Je ne pense pas que l’introduction du consentement présumé au sens large aurait un impact majeur sur les ressources des unités de soins intensifs. Nous interrogeons déjà systématiquement le Registre national du don d’organes, et cela ne changerait pas. L’entretien avec les proches serait également maintenu. Si le consentement présumé au sens large devait avoir pour effet d’augmenter réellement le nombre de dons d’organes, les ressources actuelles suffiraient toujours. Selon l’expérience faite dans d’autres pays, l’augmentation serait entre 10 et 20 pour cent environ. Si par contre le consentement présumé au sens large entraînait encore plus des dons d’organes, son introduction aurait quant à elle un impact sur les ressources des unités de soins intensifs.

Quel message en faveur du consentement présumé au sens large voudriez-vous faire passer à nos lectrices et à nos lecteurs ?
La question du consentement présumé au sens large est importante. Chacun devrait se pencher sur la question du don d’organes. Avec le consentement présumé au sens large, les Suisses sont une fois de plus appelés à aborder la question du don d’organes. Un passage à un système différent est envisagé parce que le système actuel n’est pas suffisamment performant. Nous sommes donc maintenant invités à faire un pas de plus. À mon avis, cela est justifié.